Podcasts (1) Miyazaki et contes de fées

Je multiplie les nouvelles rubriques d’articles sur le blog en ce moment. C’est sûrement parce que je reprends avec plaisir mon blog en main en souhaitant le faire à la fois plus organisé (ai-je vraiment dit ce mot ?) et plus riche. J’ai tellement de sujets que je souhaite aborder ici que parfois j’ai peur de me perdre… D’où les nouvelles catégories Trouvailles en librairie, Bilan culturel, Playlist et désormais la toute fraîche rubrique Podcasts où je vous présente mes découvertes en matière de podcast. Je ne pense pas que cela soit nécessaire de présenter le concept du podcast – c’est un média de plus en plus connu et de plus en plus utilisé. Cela fait plusieurs années maintenant que j’écoute des podcasts, toujours avec beaucoup de plaisir. Parfois j’en profite pour dessiner ou broder en même temps mais bien souvent je préfère ne rien faire, me détendre et apprécier l’écoute en buvant un thé.

Philosopher avec Miyazaki dans Les Chemins de la Philosophie

Pour l’instant j’écoute très peu de Podcasts indépendants (mais je vais m’y mettre !) Je suis avant tout une grande fan de radio et France Culture est un peu ma caverne d’Ali Baba. Il y a quelque semaine son émission de philo présentée par la fabuleuse Adèle Van Reeth (Les Chemins de la Philosophie)  a consacré une série d’épisodes à Miyazaki. Ce réalisateur japonais a bercé toute mon enfance et toute mon adolescent. Enfin, bercer n’est peut-être pas le mot… Disons plutôt qu’il a bouleversé ma vision du monde, mes réflexions et mes idées,  je pense sincèrement que sans lui je ne serai pas moi. Et s’il y a bien un personnage féminin qui m’a aidée à me construire, à me renforcer et à me définir, c’est bien la Princesse Mononoké. Je me rappelle avec un sourire nostalgique les fois où dans la cour de récré je me prenais pour Mononoké et je forçais ma super amie de primaire à faire le loup… Bref. L’émission consacrée à cet anime est très intéressante et donne une vision inédite de l’univers de Miyazaki. Si vous vous intéressez à ce formidable réalisateur, n’hésitez pas ! L’émission sur Princesse Mononoké peut s’écouter ICI.

Princesse-Mononoké-ghibli

La Planète des Contes dans la Marche de l’Histoire (France Inter)

En faisant des recherches sur les contes de fées, je suis tombée sur ces vieilles émissions de la Marche de l’Histoire sur France Inter sorties à l’occasion de Noël. « La planète des contes » est une série d’émissions qui donne la parole à Bernadette Bricoult, une professeur spécialiste de littérature orale et notamment des contes de fées. Les quatre épisodes reprennent quatre contes qui sont devenus mondialement célèbres grâce aux versions de Perrault et des frères Grimm. L’analyse de Bernadette nous offre un aperçu du pouvoir de chacun de ces contes, des multiples lectures possibles, de leurs histoires et des interrogations que soulèvent les symboles et métaphores inhérents à cette tradition orale. C’est passionnant ! Ci-dessous les liens de chaque émission:

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une des magnifiques illustrations de contes de l’artiste Arthur Rackham

Passion Médiéviste

Enfin pour parler d’un Podcast un peu moins connu que ceux diffusés par France Culture, j’aimerais vous parler d’une de mes dernières découvertes audio: le podcast Passion Médiévistes. C’est une émission qui propose chaque mois une interview d’un étudiant chercheur et médiéviste qui nous présente son sujet d’étude.  C’est une émission très riche à la fois pour découvrir le Moyen Âge ou approfondir ses connaissances historiques, littéraires et artistiques.

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Playlist (3) pépites classiques

J’ai toujours été plutôt intolérante et fermée d’esprit niveau musical, il faut bien l’avouer… mais je me soigne ! Il y a quelques années je ne voulais pas entendre parler d’autre chose que de mes groupes de rock adorés. Je vouais un culte à la musique psyché, aux années 60, les Doors et les Beatles étaient – au sens littéral du terme – mes dieux. Depuis, je suis toujours aussi heureuse de les écouter mais je cherche à ouvrir les perspectives et à étendre ma culture musicale… Non seulement j’ai réussi à dépasser la période Woodstock en surfant désormais avec plaisir sur la nouvelle vague des années 80 mais en plus j’ai décidé de me mettre au classique. 

Ayant joué de la flûte traversière pendant plusieurs années, j’ai toujours été sensible à la musique classique. Curieusement, je n’ai jamais approfondi cette voie… Mais depuis quelque temps je prends un réel plaisir à redécouvrir les plus grands compositeurs, à forger petit à petit mes goûts, à faire des choix, à prendre des chemins nouveaux dans cet immense territoire qu’est la musique classique. C’est un grand plaisir pour moi que de découvrir cet univers à part entière, dans lequel j’avance à tâtons. J’ai le sentiment d’y creuser un refuge dans lequel je me sens paisible et complètement coupée du monde. Car c’est ça aussi la musique classique. De la même façon que lire un classique nous plonge dans une autre époque, fermer les yeux en écoutant Bach, Mozart ou Monteverdi nous renvoie à un autre monde auquel on ne connait rien. C’est peut-être une grosse banalité ce que je dis là, mais ça me fascine de me dire que ces sensations de jouissance auditive ont traversé les âges pour se loger aux creux de nos petites oreilles du 21ème siècle. Et ça fait toujours de l’effet ! 

Alors voilà une playlist de mes morceaux de classique préférés. C’est une amatrice qui vous parle mais ma quête ne s’arrête pas là et je reviendrai certainement vous partager  mes prochaines découvertes musicales…

 

Trouvailles en librairie (1)

Je me suis rendue à Paris pour passer mes examens. Trois semaines intenses de travail mais aussi trois semaines de balades parisiennes, de chouettes découvertes et surtout d’escapades en librairie. Je n’ai pas su résister à la librairie Gibert Jeune, ni aux petites bouquineries et leurs trésors. Me voilà donc avec cinq livres à rajouter, tant bien que mal, entre les rangées déjà bien remplies de ma bibliothèque. L’occasion de vous en parler dans une nouvelle rubrique dédiée à mes dernières trouvailles littéraires.

 

Bleu Histoire d’une couleur, Michel Pastoureau

Je ne sais pas si j’ai déjà parlé ici de ma passion pour le médiéviste et spécialiste des symboles, Michel Pastoureau… J’aime énormément son travail qu’il formule à travers une expression claire et fluide. Ses recherches tournent autour de l’univers du symbole, de son histoire, principalement dans le monde médiéval mais pas que… Ce petit bouquin de 160 pages retrace toute l’histoire de la couleur bleue, peu appréciée dans les sociétés antiques et devenue, par un renversement curieux, la couleur préférée des européens. J’ai hâte de me plonger dedans ! 

Nouvelles de prison, Albertine Sarrazin

Ce petit bijou sorti dans Les Editions du chemin de fer (dont j’ai déjà parlé dans mon dernier article) est une découverte formidable pour moi. Albertine Sarrazin est une autrice que j’aime énormément, son livre l’Astragale est d’ailleurs l’un de mes romans fétiches. Albertine, née dans les années 30 et morte à l’âge de vingt neuf ans, a eu une vie certes courte mais intense. Elle a vécu huit ans en prison et elle retrace dans ces nouvelles, sa vie quotidienne dans le milieu carcéral. Je suis heureuse de retrouver la force expressive et narrative d’Albertine Sarrazin dont, finalement, on parle très peu…


 

Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

J’ai acheté ce petit roman sur un coup de tête, après avoir lu une critique élogieuse le concernant. Otsuka retrace le destin des femmes japonaises qui, au XXe siècle, ont tout abandonné pour partir aux Etats-Unis épouser un parfait inconnu. Le sujet, dont je n’avais jamais entendu parler, m’intrigue beaucoup. 

Le destin personnel, Elsa Triolet

Ce petit folio contient deux nouvelles d’Elsa Triolet, « Le destin personnel » suivi de « La belle épicière ». Je n’ai jamais rien lu de cette femme que l’on connait surtout comme la compagne de Louis Aragon. J’ai très envie de la découvrir et quoi de mieux que des nouvelles comme introduction à l’oeuvre d’un auteur dont on ignore tout ? 

Rendez-vous à Positano, Goliard Sapienza

P1040293Oh joie ! J’ai acheté un autre livre de Sapienza. Son monumental roman autobiographique L’Art de la Joie a été pour moi un énorme coup de coeur et depuis je ne cesse de voir ses livres réédités en librairie. Dans Rendes-vous à Positano, Sapienza raconte sa longue histoire d’amitié et d’amour avec Erica, rencontrée à Positano, petit village hors du temps niché tout près de Naples. Quel bonheur je ressens à l’idée de retrouver ses pensées, ses réflexions et de me replonger dans son écriture intense et hors du commun. 

Ces trouvailles promettent de jolies découvertes. Les examens étant finis, me voilà avec de longues semaines de lectures devant moi… Je reviendrai donc très vite pour vous parler de ces nouvelles lectures.

« Les corps ravis » le conte monstrueux et organique de Justine Arnal

CVT_Les-corps-ravis_8237J’ai lu un livre très étrange cette semaine. J’ai beau fouiller dans ma mémoire, je ne crois pas avoir eu une expérience de lecture aussi particulière. Les Corps ravis est le premier livre de Justine Arnal, publié dans les magnifiques éditions du Chemin de fer – j’avais déjà lu un de leurs bouquins qui m’avait bouleversée et dont je parle ici. Les Corps ravis raconte l’histoire de Marguerite, une femme qui désire par dessus tout avoir un enfant, multipliant les tentatives mais sans résultat. Une nuit, une chimère apparaît devant elle et lui conseille de se rendre dans la Forêt Noire où elle trouvera une semence qui lui permettra de faire un enfant toute seule. Marguerite se rend dans cette forêt, expérimente sous la lune son plaisir chaque nuit pendant un an, cherchant à atteindre une jouissance totale, condition de l’enfantement. Elle finit par tomber enceinte. Un fœtus se forme dans sa tête, puis se balade dans tout son corps. Marguerite au bout de dix mois accouche seule dans sa baignoire. Daisy naît et grandit. Leur relation est fusionnelle et Marguerite ne parvient pas à accepter que l’enfant se détache d’elle. Des événements de plus en plus bizarre surviennent…

Tu n’es pas la première à vouloir faire un enfant toute seule. Je me souviens d’une femme pour qui des feuilles de nénuphar macérées dans une décoction d’ail égrugé ont suffi. Il n’y a pas de recette universelle. Quel que soit l’ingrédient qui t’attend, ta jouissance devra être totale, pleine et absolue. 

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© Les Editions du Chemin de Fer

Ce tout petit roman est une pépite noire, un récit à la frontière de tous les genres: conte monstrueux, fable tribale, roman surréaliste jonglant entre le comique et l’horreur. Cette histoire écrite avec les tripes m’a perturbée, voire écœurée. Justine Arnal joue avec tout un panel de symboles et de peurs archétypales : la forêt – non-lieu primitif et imaginaire – la métamorphose, l’hybridité, le cannibalisme… Ce conte sombre et terrible, hors des clichés, brisant les tabous, propose plusieurs lectures et laisse de multiples questions en suspension. L’autrice, en mettant en scène l’amour fusionnel et névrosé d’une mère pour sa fille, s’empare d’un sujet complexe, difficile à évoquer sans tomber dans des idées toutes faites, voire dans un discours misogyne. A travers un propos poétique et merveilleux, teinté d’ironie et d’humour noir, elle dénonce une société glorifiant la relation mère-enfant. Elle dévoile les danger de ce mythe de la femme-mère qui ramène sans cesse la femme à son ventre et à la capacité d’enfanter. Le récit illustre aussi avec force les conséquences d’une telle relation sur l’enfant et la nécessité pour lui de se dégager de sa mère obsessive, pour que lui même puisse exister à part entière…

– Devenir mère, est-ce aller de vide en vide ? […] Pour te concevoir j’ai du m’affamer. Quand tu es sortie de moi j’ai bien senti que mon corps n’était plus qu’une coquille creuse, comme une maison laissée à l’abandon. Heureusement que je peux encore te presser contre mon sein… Mais quand tu seras plus grande, que vais-je devenir ? Je sais que j’aurai toujours du lait pour toi. Si seulement tu pouvais ne pas grandir !  Oh non, une mère ne pense pas cela. Mais si, au moins, tu continuais d’avoir besoin de moi comme j’ai besoin de toi…

 

Enfin, je ne peux pas finir cet article sans évoquer les illustrations organiques de Lola B.Deswarte qui accompagnent le récit. Ce très beau travail, qui accentue l’aspect dérangeant et chimérique du roman, est consultable sur le site de l’illustratrice.

Le lecteur est libre de s’interroger plus en profondeur ou de ne voir ici qu’une histoire mêlant horreur et érotisme glauque. C’est cette liberté d’interprétation qui m’a surtout plu. Justine Arnal n’a pas un propos vindicatif – trop facile ou trop évident – mais elle parie sur la capacité du lecteur à interpréter.

Bilan lecture du mois d’avril

Ça fait plusieurs mois (depuis le début de l’année en réalité) que je suis peu présente sur le blog. Je suis en pleine période d’examens et je vois déjà les vacances approcher… J’ai très hâte d’avoir à nouveau du temps pour lire, écrire, dessiner, me balader, me baigner et reprendre en main ce blog. Ecrire des articles et vous partager mes coups de cœur et mes découvertes me manque beaucoup. Je n’ai pas résisté à la tentation de faire un nouvel article car, malgré cette période chargée, j’ai eu le temps de lire. Voici donc mon petit bilan où je vous présente mes cinq lectures du mois d’avril. 

Lectures

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J’ai redécouvert avec un plaisir intense la délicieuse écriture de Colette. Elle a été ma bouée, ma bulle d’air frais, mon bonheur de ces dernières semaines, et je n’exagère pas ! J’avais déjà lu plusieurs de ses romans, depuis je suis restée fascinée par son style foisonnant, par les couleurs, la sensualité, l’odeur qui se dégagent de chacun de ses mots. Colette est surement l’une des autrices et l’une des femmes que j’admire le plus. Je suis en tous cas persuadée que son style est l’un des plus beaux de la langue française. J’ai lu ce mois-ci La Naissance du Jour, roman faussement autobiographique où Colette raconte ses quelques mois passés dans une petite maison de Provence. L’histoire est rédigée sous la forme d’un journal où se rassemblent les thèmes de prédilection de l’écrivaine: éloge de Sido, sa mère tendrement aimée, réflexions sur l’amour, amour des hommes, amour des bêtes, descriptions vivantes et sensuelles d’une nature au centre du roman… A travers ces observations, ponctuées de l’évocation de menus événements – rencontre entre voisins, discussions autour d’un déjeuner, sortie au bal – le thème principal est certainement le renoncement. Colette, à cinquante cinq ans, se demande si son amour avec le jeune Vial ne serait pas son dernier amour, si cette fraîche et douce maison ne serait pas sa dernière demeure… Cette réflexion l’amène à se poser la question de la vieillesse des femmes et de l’enrichissement que l’autonomie, l’introspection de la solitude, le retour à soi peuvent apporter. 

Un âge vient où il n’est plus donné à une femme que de s’enrichir.

Rarement abordée positivement dans la littérature, la vieillesse féminine est ici sublimée par l’évocation de la nature et de ses jouissances. La manière dont Colette parle des chats m’a touchée directement, je me suis sentie proche d’elle. Elle m’est apparue comme une amie comprenant mes passions, mes plaisirs et mes douleurs….

Le soir, la vie animale se cache un peu, s’éteint à peine. Que de rires secrets, de voltes rapides sous mes pas, que de fuites en éclair devant l’élan des deux chats qui me suivaient ! C’est qu’en livrée de nuit ceux-ci sont redoutables. La douce chatte perce d’un trait les buissons, son puissant mâle réveillé lève en galopant les pierres du chemin comme un cheval, et tous deux, sans faim, croquent les sphinx aux yeux rougeoyants.

P1040279J’ai également lu trois autres livres de Colette, les trois premiers Claudine : Claudine à l’école, Claudine à Paris, Claudine en ménage… J’avais, depuis la lecture de La Naissance du Jour, l’intention de lire toute la bibliographie de Colette pour comprendre son style, chercher à dénicher le secret s’il y en a un, à élucider l’énigme d’une écriture aussi belle… C’est pourquoi je me suis dis qu’il fallait revenir à ses tous premiers romans: les claudine… J’avoue que je m’attendais à des bouquins mal vieillis, rappelant le Club des Cinq mais j’ai été très surprise de découvrir que déjà Colette avait déjà une écriture lumineuse et vivante. Je me suis vite attachée aux personnages. J’ai beaucoup ri et j’ai été charmée par les décors du début du XXe siècle, le petit village de Claudine (qui est une copie du village d’enfance de Colette), son école, ses jeux, ses réflexions, son humour… Ce qui m’a le plus agréablement surpris c’est la modernité de Claudine, sa tolérance et surtout son caractère déjà autonome et indépendant. L’homosexualité féminine est souvent évoquée avec une liberté qui étonnera même le lecteur du XXIe siècle. Alors, si vous hésitez à lire les claudine, je vous le conseille fortement, vous serez surpris ! Je reparlerai certainement plus en profondeur de cette lecture dans un article qui y sera consacré.

P1040281Enfin j’ai délaissé un peu Colette pour me plonger dans l’univers de Joyce Carol Oates et son roman gothique La Légende de Bloodsmoor. L’histoire se déroule à la veille du XXe siècle en Pennsylvanie. On suit la vie de la famille Zinn, une famille bourgeoise très rattachée aux moeurs chrétiennes et puritaines de son époque. Le lecteur découvre l’évolution des quatre jeunes soeurs de la famille et de leur soeur adoptive qui est mystérieusement kidnappée au début de la chronique. Suite à cet enlèvement, plus rien ne sera pareil, chacune des jeunes femmes prenant des chemins de vie différents mais pour la plupart contre les codes puritains et la norme contemporaine. J’étais enthousiaste à l’idée de lire ce roman. J’ai beaucoup aimé le talent narratif de Joyce Carol Oates, découvert dans le formidable roman La Fille du Fossoyeur. Mais j’ai été très déçue… Je trouve ce livre trop long, trop fouillis, voire redondant… L’autrice semblait avoir toutes les clés pour construire un univers entier, intéressant et profond, or je trouve qu’il manque quelque chose… Une prise de risque certainement ou bien une rupture dans le récit. A cause de ces faiblesses, j’ai eu des difficultés à finir ce roman qui bien souvent m’irritait, ne sachant pas où il voulait en venir… Il reste cependant quelque points intéressants notamment les évocations récurrentes de la condition des femmes de cette époque, renvoyées sans cesse à leur statut d’épouse et de mère… De nombreux défauts donc mais tout de même quelques réflexions féministes qui m’ont renseignée sur une période historique que je ne connaissais pas.

 

La Dame à la Licorne

Après avoir vu l’exposition « Magique Licorne » au Musée de Cluny j’ai eu envie de faire quelques recherches concernant les tentures de La Dame à la Licorne. Cette composition date du début du XVIe siècle, à une époque charnière entre la fin du Moyen Age et les prémisses de la Renaissance. La multiplicité des interprétations fait de cet ensemble une oeuvre d’art par excellence qui  inspire les artistes et les poètes et qui suscite encore aujourd’hui admiration et fascination.

 

 

On constate peu de variétés entre ces tapisserie. Chacune met en scène une jeune femme richement habillée sur un îlot bleu dans un jardin foisonnant et idyllique. Le fond est rouge, la couleur témoigne de la richesse du matériau. Une lecture allégorique – la plus connue – attribue à ces tapisseries les cinq sens. La sixième tenture est par déduction le sixième sens. Elle est la plus mystérieuse. Au milieu de celle-ci il est écrit « A mon seul désir ». Les cinq sens représentent au Moyen Age les moyens par lesquels l’amour nous emprisonne. Ils ont d’ailleurs une hiérarchie bien précise, allant du plus trivial au plus spirituel: le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe, la vue… Ainsi, le sixième sens renverrait au libre-arbitre, à la maîtrise de soi, à la spiritualité délivrée du monde terrestre:

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A mon seul désir

Le décor est un mille-fleurs, il est parsemé de motifs fleuris et d’animaux diverses. Certains animaux sont familiers à l’imaginaire médiéval: agneau, chèvre, lapin, chien, renard, perdrix, faucon… D’autres plus exotiques: singe, perruche, lionceau, guépard… La flore est détaillée avec finesse et permet ainsi de distinguer une quarantaine d’espèces. L’ensemble forme un tout harmonieux qui dans l’esprit médiéval renvoie au jardin d’Eden. L’on peut interpréter le caractère symbolique de chacun de ces animaux. Il faut cependant prendre en compte les différentes significations, négatives ou positives, d’un même objet. Analyser une oeuvre médiévale c’est étudier la pluralité de ses interprétations, qui forment des couches successives et inséparables.

Pour ne prendre qu’un exemple, celui de la panthère illustre bien la complexité de l’interprétation iconographique médiévale. La panthère dans l’imaginaire médiéval fait souvent référence aux cinq sens (sa fourrure pour le toucher, son haleine pour l’odorat, sa chamarrure pour la vue, son rugissement pour l’ouïe). Sa présence dans la première tenture (celle du Toucher) introduit donc le thème allégorique des sens qui se trouve dans l’ensemble des tapisseries. Elle est aussi celle qui par l’odeur suave de son haleine charme les autres animaux (ce qui serait une explication de la faune abondante). Dans la tradition médiévale elle est souvent associée au Christ: son doux parfum symbolise la bonne parole qui rassemble les fidèles. Enfin, la panthère est l’ennemi mortel du serpent et du dragon, représentants du mal et du diable, qui sont les seuls à la fuir.

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Panthère (Bestiaire d’amour , XIVe s.)

Un lion et une licorne accompagnent systématiquement la jeune femme au premier plan des tentures. Ils portent l’un et l’autre les armoiries du commanditaire occupant ainsi une place centrale dans l’oeuvre. L’association de ces deux animaux est fréquente au Moyen Age, notamment dans la littérature courtoise.

La licorne est sans doute l’animal le plus connu du bestiaire médiéval. Elle représente la pureté et la virginité mais elle a aussi une dimension érotique de par sa corne, symbole de luxure. La licorne incarne en quelque sorte la transcendance de la sexualité. Le lion lui symbolise la force et la royauté. Allégories de la masculinité et de la féminité, les deux animaux ne sont pas représentés de la même manière: on remarque que c’est la licorne qui est l’animal le plus mis en scène (elle interagit avec la dame dans La Vue et Le Toucher). Le lion lui est inactif. Ainsi les caractéristiques symboliquement attribuées aux deux genres s’inversent: la féminité devient agissante tandis que la masculinité reste dans l’inaction.

 

Cette oeuvre continue à fasciner et toujours l’on s’interroge sur ses significations. La sixième tapisserie est-elle un appel à l’entendement ? Ou une incitation à suivre son désir amoureux ? Ce qui est certain, c’est que la féminité occupe une position centrale. L’intimité qu’elle suggère est déconcertante et incomparable, laissant place à l’imagination et à la rêverie de chacun. Anne Messager, une artiste plasticienne contemporaine, a fait il y a deux ans une exposition célébrant le corps féminin et la liberté de création. Elle a choisi comme nom d’exposition « A mon seul désir »,  référence directe à la Dame à la Licorne, nous replongeant dans l’énigme non résolue (et certainement insoluble) de cette fameuse formule. La formule devient alors un manifeste pour la liberté, le désir féminin et la fierté d’être une femme, une créatrice.

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Je suis mon seul prophète -Annette Messager 2016 – Marian GoodmanGallery

La Dame à la Licorne par son mystère nous révèle bien ce que l’oeuvre d’art a de  plus fondamental : elle n’est jamais complète, jamais fermée. C’est cette ouverture, cette fenêtre sur le monde, sur les mondes, qui inspire et qui offre un nouveau regard sur notre société contemporaine.

 

SOURCES:

http://art-histoire-litterature.over-blog.com/2015/01/la-dame-a-la-licorne-histoire-d-une-tenture-medievale.html

https://www.panoramadelart.com/la-dame-a-la-licorne

 

Me revoilà…

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Je suis très heureuse de revenir ici ! J’écris cet article après presque deux mois d’inactivité sur ce blog. Il m’a beaucoup manquée et je regrette de n’avoir pas réussi à y consacrer plus de temps jusque là. J’ai très envie de revenir, de partager des choses et de faire toujours plus de découvertes grâce à toi.

Ça fait donc un moment que je ne suis pas revenue ici. La première raison est la tonne de travail que j’ai en ce moment (les examens approchent)  et mon perfectionnisme qui va avec… La seconde raison, surement plus intéressante, est un voyage de deux semaine que j’ai fait à Berlin. J’étais déjà allée dans cette ville et le coup de cœur avait été immédiat. Y revenir n’a fait que confirmer mon sentiment. Je suis complètement amoureuse de Berlin, je n’attends plus que d’y retourner, j’aimerais beaucoup m’y installer quelque temps… Cette ville est un éclatement d’art et d’inspiration. L’ambiance électrique urbaine se mêle à la mélancolie du béton, la chaleur des cafés, l’apaisement des nombreux – et gigantesques – parcs. Et puis l’histoire qui est partout, et ce foisonnement de vie et de couleurs, les berlinois se sont vraiment appropriés leur ville. L’art est à tous les coins de rues, des centaines d’affiches se superposent sur les murs, les vieux bâtiments sont rénovés, rarement détruits… Cette ville est formidable. Je posterai bientôt un article avec quelques photos et dessins d’inspiration berlinoise.

Je voulais te remercier, enfin vous remercier d’avoir continué à suivre ce blog et d’avoir posté régulièrement des commentaires. Ça me pousse toujours plus à partager et ça me rend très heureuse ! A très bientôt !

Shane.

« Apprends à salir la beauté mon ami » journal du 18.01.19

 

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Les cheveux sont coupés.

Je me sens belle comme ça. C’est bien moi dans le miroir. Bien plus qu’avec mes cheveux longs – ma lourde tignasse d’angoisse et d’âpre séduction. Les cheveux cours c’est léger, aérien, mutin, pirate, c’est femme et gamine à la fois. C’est solaire et lunaire. Comme un Pierrot prenant un bain de soleil.

L’envie d’écrire me donne des fourmis dans les doigts, à nouveau.

« Apprends à salir la beauté, mon ami. »

Aujourd’hui j’ai vu le dernier film de Christophe Honoré, Plaire Aimer et Courir Vite. Le Sida, l’angoisse, la fatigue, et puis les pulsions de vie. La beauté du sexe. La beauté du sale aussi. L’affirmation du sale. Le courage d’en finir. Ça m’a plu.

J’ai le vertige souvent quand je pense que le monde tourne et que les gens vivent en même temps que moi – que là maintenant à NYC c’est la nuit, on rêve, on danse, on fait l’amour, un tigre dort dans une jungle morte, ailleurs une révolution se lève avec le soleil, c’est le matin quelque part sur la banquise, un ours ouvre les yeux, tout existe. Tout existe. Là, tout de suite.

 

 

Pierrot lunaire et autres dessins de décembre

Voici quelques-uns des dessins que j’ai pu faire en ce mois de décembre. Je suis particulièrement contente de ce mois sur le plan artistique. J’ai utilisé des techniques variées et je me suis obligée à dépasser la facilité du simple portrait en me concentrant sur les croquis de corps entiers, expressions du visage et membres du corps à vous arracher les pinceaux (dessiner des mains est vraiment un casse-tête terrible). Si tu dessines ou que tu veux t’y mettre je te conseille le site line of action, idéal pour progresser sur les effets de mouvements dans le dessin. Il te propose un tas de photos défilant selon un temps défini, le but étant de croquer le plus vite possible l’image et ainsi de créer des automatismes indispensables pour le dessin d’observation.

Pierrot Original
Je suis particulièrement contente de ce dessin. Je débute en aquarelle et mein God ! que c’est dur… Et bon là le fond d’aquarelle est pas trop mal fait et le Pierrot lunaire me plaît bien.
Les Petites Marguerites
Je ne sais pas si tu te souviens d’un article que j’ai fait récemment sur les Petites Marguerites, un film Tchèque formidable. Ça m’a beaucoup inspirée et pendant tout le film j’ai eu envie de dessiner les deux Maries. Les voilà donc… (La couleur est au ProMarker)
(Playlist 1) Dancing on Graves
Dernier dessin du mois qui est une pochette de disque imaginaire que j’ai réalisé pour un cadeau de Noël. D’ailleurs, même si Noël est passé, il est encore temps de se faire des cadeaux et si tu n’as pas d’idées et que tu aimes la musique, rien de mieux je trouve que de graver une playlist sur un cd, personnaliser la pochette et le tour est joué ! Un cadeau personnalisé qui ne peut que faire plaisir !