« Ce n’est pas si facile d’écrire sur rien »

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    Je ne sais pas de quoi te parler mais j’ai très envie de t’écrire alors ce détail ne m’arrêtera pas ! Allons-y, faisons chauffer encre et crayon, dépoussiérons le clavier et dégourdissons nous la langue. Parlons de rien. « Ce n’est pas si facile d’écrire sur rien », c’est la première phrase de Patti Smith dans son fabuleux bouquin M Train (curieux comme j’arrive glisser Patti dans presque tous mes articles…)

Depuis un moment je me remets à tirer les cartes du tarot. Je me sens vivante quand je le fais. C’est un peu comme si je me rencontrais dans la rue et que je me mettais à discuter des heures avec moi-même. Je replonge dans l’univers symbolique du Tarot comme dans un bain de fleurs étranges. Des plantes qui poussent dans mes rêves et qui le jour se fanent.

Ça me fait penser à ce défi terrible que je me suis lancée il y a quelque jours… Pour stimuler ma créativité et progresser j’ai décidé de dessiner toutes les arcanes majeures du tarot mais à ma façon. C’est-à-dire que je peux très bien faire du bateleur une bateleuse et de la Tempérance un vieil homme à l’allure de Gandalf (je te l’ai déjà dis mais je suis plongée dans le Seigneur des Anneaux et c’est formidable, voilà). Cela fait que je dessine beaucoup plus et que je suis fière de moi, même si le résultat est loin de suivre mes attentes. Je trouve que la contrainte peut être une très bonne façon de développer sa créativité. Quoi qu’en écriture cela ne me convient pas du tout, mais en dessin cela me pousse à tester de nouvelles choses. Je te posterai mes « cartes » lorsque j’en aurai fait quelques-unes (pour l’instant il n’y en a que deux).

Le tarot est une machine de créativité formidable. En me baladant sur Internet je me rends compte du fort potentiel artistique que permettent les cartes. Chaque artiste peu les adapter à sa façon, à travers son propre style, son coup de crayon, ses couleurs fétiches, ses revendications… Et le résultat est (souvent) superbe:

 

 

 

 

 

     Sans transition, je réécoute depuis quelque temps les albums de PJ Harvey, une chanteuse anglaise de la scène indépendante des années 90.  C’est une chanteuse dont l’univers m’inspire beaucoup. Sa musique tour à tour me glace et me réchauffe. Elle mélange les styles à merveille créant le sien propre, une forme de rock caverneux, punk sur les bords, toujours mélodieux. C’est un peu l’équivalent de Nick Cave en femme. En plus elle a un look à tomber par terre et une classe inégalable.

 

 

 

 

Je te laisse avec deux de mes chansons favorites. Je suis peu présente sur le blog, je m’en excuse. Je reviendrai avec un article un peu plus complet la prochaine fois.

A très vite !

Shane.

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playlist (2) notes mélancoliques

Je n’ai pas posté d’article depuis un moment. Pour tout t’avouer je me suis lancée dans la lecture du Seigneur des Anneaux et Frodon et Sam me prennent tout mon temps (qu’est-ce que c’est bien n’empêche…) Trêve d’excuses, aujourd’hui j’ai envie de te concocter une playlist pour réchauffer tes oreilles dans le froid de l’hiver. Chaleur et mélancolie seront à l’honneur dans ce mélange musical. Jazz et blues amoureux,  slam à l’odeur de croissant, douceur urbaine et chanson d’orient… Et toi quel est ton remède musical pour affronter l’hiver ? Dis-moi tout, je suis curieuse !

En attendant je te dis à très vite et je retourne au chaud dans la Comté ! ♥

Shane.

 

 

 

 

Les Petites Marguerites, la joie de la transgression

 

Aujourd’hui je te fais un article un peu à part pour te raconter mon dernier flash cinématographique. Ce sera certainement brouillon mais mon état d’esprit est à l’enthousiasme alors je chante, je crie, je hurle: VA REGARDER LES PETITES MARGUERITES DE VERA CHITILOVA !

L’article pourrait s’arrêter là mais j’ai très envie de te dire pourquoi j’ai aimé ce film. L’histoire d’abord… Les petites Marguerites se passe à Prague, deux ans avant le fameux printemps. C’est l’histoire de deux filles, Marie et Marie, qui s’ennuient dans un monde pourri par la rigidité de la république socialiste et la guerre. Si le monde est « dépravé » alors pourquoi ne seraient-elles pas elles aussi « dépravées »? Ce mot devient leur credo et à partir de cette révélation elles ne vont plus du tout s’ennuyer. Elles se lancent alors dans une fantastique succession d’exactions et d’immoralité mettant à mal conformisme et codes sociaux et c’est tout simplement jouissif.

Ce film est une merveille de la nouvelle vague. Il est d’une fantaisie et d’une inventivité folles, faisant sans cesse éclater les traditionnelles images du cinéma. Le noir et blanc deviennent bleu, puis vert, puis rose. Les images se découpent, s’enchevêtrent, explosent, renaissent. La musique est fracassante et les rires transpercent l’écran.

Cette explosion de liberté est si réelle, si joyeuse et si terrible à la foi, que c’est une jouissance se frottant au malaise. Ce film est déroutant, transgressif, presque punk.

C’est l’adolescence dans ce qu’elle a de plus pur, de plus viscéral. Un boulet de canon lancé dans les bobines. C’est court, intense. C’est fantastique.

 

Sorcières et Dévotion

En ce joli jour de pluie je viens te parler, dans ce deuxième rendez-vous littéraire, de mes dernières lectures. Comme le précédent, je ne te parlerai que de deux livres mais la chose est moins triste, je les ai dévorés et ils ont été tous deux de véritables coups de coeur ! Alors quels sont les heureux élus ? Tout d’abord, je vais te parler du dernier bouquin de Patti Smith Dévotion, et j’en frétille d’avance. J’ai aussi lu avec beaucoup d’enthousiasme et de plaisir le fameux livre que l’on ne cite plus, Sorcières de Mona Chollet.

 

Commençons avec Patti Smith. A la lecture de son dernier livre j’ai d’abord été très étonnée. Comme quoi, Patti arrivera toujours à me surprendre. Dévotion est un roman composite à la structure pour le moins originale. Ce recueil comprend trois textes. Dans le premier texte aux airs de journal intime, Patti fait part de ses impressions et de ses balades lors de son bref voyage à Paris. Elle y parle d’inspiration, de café, de lectures, de rencontres, de retrouvailles et de souvenirs. Son propos est toujours ponctué par d’humbles photos en noir et blanc qui nous plongent avec un plaisir délicieux dans l’univers nostalgique et chaleureux de Patti Smith.

Au fil des pages on comprend où et comment Patti tire son inspiration. Tout au long de son voyage elle nous livre ses impressions qui viennent nourrir le second texte, la nouvelle qui a donné au recueil son titre Dévotion. Le génie est que cette nouvelle est directement liée au processus d’écriture que Patti décrit précédemment.  C’est le résultat du travail de l’artiste livré comme une offrande. Peut-être que ce processus existe déjà, mais je n’avais jamais rien lu de tel et c’est formidable de voir les rouages et la magie de « l’obsession créatrice » présentés sous différentes formes.

C’est le premier texte fictif écrit par la main de Patti. Tu ne peux pas imaginer mon excitation quand j’ai pris conscience de ça. Patti écrit toujours des textes sur son réel, sa vie, ses journées, ses réflexions, et à la lecture de cette nouvelle inédite j’ai réalisé que la fiction pouvait révéler bien plus sur l’auteur qu’une autobiographie. J’ai eu le sentiment de redécouvrir cette grande femme qui toujours m’abreuve d’images et d’obsessions, m’incite à aller plus loin dans la création, à être fière de ce que je suis et de ce que je veux être. Je m’égare.

Cette nouvelle est donc bien différente de ce que j’ai plus lire. Elle m’a rappelée les histoire qui ont forgé mon imaginaire quand j’étais petite. Elle a d’ailleurs l’allure mystérieuse d’un conte. Patti met en scène une adolescente au nom lourd de sens Eugénia. Cette toute jeune femme est livrée à elle-même, vivant seule dans une maison perdue dans la forêt. Eugénia a des rituels – café, journal intime, méditation. Elle a surtout une passion dévorante, le patinage artistique. Chaque jour elle sort de chez elle, plonge dans le froid de l’hiver pour retrouver son îlot de bonheur, un lac glacé où elle exprime pleinement son art. Le patinage est tout pour elle. Mais vient un jour où elle commence à ressentir une présence, un regard, quelqu’un l’observe derrière les arbres. Elle va rencontrer un homme, découvrir la passion, voyager… Je ne t’en dis pas plus ce serait bête de te priver de tous ces mystères qui émanent de cette tendre et terrible nouvelle. Patti y croise de multiples sujets, qui font échos à son univers personnel et qui surtout dévoilent un monde caché et intime au plus près de sa sensibilité.

Je ne m’attarderai pas sur le troisième texte, après le voyage sombre et voluptueux du deuxième j’ai eu du mal à revenir à la réalité, comme après le sommeil. J’ai tout de même beaucoup aimé ces dernières notes. Patti réfléchit sur le pourquoi de l’écriture. Pourquoi elle écrit ? D’où cela vient-il ? Comment cela se déclenche-t-il ? Elle raconte sa visite dans la maison familiale de Camus et sa rencontre avec la fille du grand écrivain.

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Patti Smith est une figure très importante je pense, pour les femmes. Avant d’incarner une femme, elle incarne une artiste, elle est une artiste, une créatrice, un monde en soi. Elle est une figure indomptable qui ne veut pas être assignée à un rôle, qui vit pour son art. J’ai d’ailleurs été très heureuse de voir que dans le livre que j’ai lu ensuite, Mona Chollet fait d’elle une « sorcière moderne » et cela lui va particulièrement bien…


Mona Chollet donc… (quelle magnifique transition) Je vais certainement en rajouter une couche sur tous les éloges qui lui sont fait mais j’avais très envie de t’en parler. Ce bouquin a été une véritable révélation pour moi. Je suis très sensible au féminisme depuis un bout de temps mais à chaque nouvel essai, je le découvre sous un nouvel angle. C’est bien un nouvel angle que nous propose Mona Chollet exposant à travers le personnage de la sorcière des siècles de misogynie. Dans un précédent article j’ai parlé de mon enthousiasme à propos de la sorcière et du pouvoir féministe de son image. La lecture de ce livre m’a donné encore plus d’informations sur les sorcières et notamment sur le gynocide dont elles ont été victimes. Ce bouquin m’a aussi ouvert l’esprit à des interrogations nouvelles sur le monde et sur mes propres expériences. Je suis passée par toutes sortes de stades: révolte, dégoût, tristesse mais aussi amusement, plaisir, joie et surtout espoir. Le titre l’indique lui-même: « Sorcières, la puissance invaincue des femmes« . Tout n’est pas perdu bien au contraire. Un monde est à réinventer et les femmes ont tant de choses à explorer, de désirs bafoués à faire resurgir, de limites à exploser, de plaisirs à expérimenter…

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Ce livre est, je pense, une parfaite introduction au féminisme puisqu’il évoque un ensemble de sujets variés mais tous concernant les violences faites aux femmes – le diktat du corps, la vieillesse mal vécue, la tyrannie de la maternité, du mariage, la critique du célibat, les violences sexuelles, médicales, le manque de confiance en soi… Tout cela lié aux pratiques des sorcières, à leur histoire et à comment elles ont été perçues au fil des siècles. Si tu es une femme, c’est un livre qui te (re)donnera confiance, qui t’ouvrira de nouvelles perspectives et qui t’encouragera à vivre ta vie comme tu l’entends.

Shane.

Le journal intime d’Alma Mahler et le roman-bd de Véronique Ovaldé et Joann Sfar

Ça fait maintenant trois mois que je tiens ce blog et plus j’avance plus je me rends compte que la littérature est de moins en moins présente dans mes articles et ça me rend un peu triste. La cause première est mon manque d’investissement (quel horrible mot) – devrais-je plutôt dire le peu de temps que je consacre à la lecture (trop de livres, si peu de temps). La deuxième raison est que je découvre mes limites, et ce que j’aime ou non te partager. J’adore te parler bouquins, ça c’est sûr, mais le format je lis un livre/je le chronique me barbe un peu. Alors je tente de remédier à tout ça en créant ce nouveau rendez-vous livresque où je te parle de façon plus ou moins ordonnée (souvent moins) de mes dernières lectures, de ce que j’ai ressenti, de mes états d’âme, conseils, déceptions et de mon rapport à la littérature et aux écrivains en général.

Ces dernières semaines ont été très chargées en travail et c’est avec beaucoup de frustration que je te publie ce nouveau rendez-vous (ça promet). Alors voilà, je viens te présenter un peu honteuse mes deux toutes petites lectures du moment – dont une que je n’ai même pas fini.

Je veux d’abord te parler du Journal intime d’Alma Mahler. Alma est née à la fin du XIXème siècle. Baignée dans le monde artistique viennois elle est avant tout connu comme étant la muse des artistes de ce siècle et la « femme de… »: femme amoureuse du peintre Klimt, amante de l’expressionniste Kokoschka, femme du compositeur Mahler, de l’architecte du Bauhaus Walter Gropius, de l’écrivain Franz Werfel… Dans ce contexte bourgeois du XIXème où les codes et les normes oppressent la liberté de la femme, je trouvais ça intéressant de lire un journal intime, témoignage ultime, d’une femme livrant son vécu, ses expériences, ses pensées et ses désirs bafoués. D’autant plus que ce journal promettait une plongée dans une période artistique florissante qui me plaît beaucoup. Je n’ai pourtant pas réussi à le finir.

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Lire un journal intime est une expérience à part entière. Ce genre littéraire m’inspire et a toujours été pour moi source de grands chamboulements (notamment les magnifiques journaux de Sylvia Plath et de Marina Tsetaeva mais j’en reparlerai sûrement). On plonge dans la vie de l’auteur au-delà des limites, au-delà de la pudeur. L’écrivain ne se questionne pas sur les impressions que suscite son texte, il n’y a pas de lecteur potentiel face à lui. Il a donc le droit de coucher sur le papier sa honte, ses passions, ses maladresses, sa carcasse tortueuse, bref, cette condition humaine que nous partageons tous. Ainsi, inévitablement on se sent concerné et on s’identifie. Il n’y a rien de plus jouissif et la littérature devient alors un moteur d’inspiration et de construction de soi qui pousse toujours plus à la créativité et au développement intérieur.

Mais le journal intime peut vite aussi devenir un objet de malaise. J’ai d’abord été touchée par la naïveté des écrits d’Alma. Je me suis identifiée au personnage – à ses illusions, ses rêves, ses délires romantiques adolescents et ses premiers amours désespérés. Mais cette lecture m’a vite dérangée. D’abord il faut bien le dire, en lisant le défilement des journées identiques et la succession de personnages qui ne faisaient aucun écho en moi, je me suis vite ennuyée. Mais ce sont les piques adressés aux femmes qui m’ont avant tout freinée. Alma est une femme qui n’aime pas les femmes. Née dans un contexte où la féminité est une tare, un fardeau à porter, elle est convaincue que la femme ne pourra jamais être une grande artiste car il lui manquerait la « force créatrice ». Bien sûr, c’est une femme de son temps et il est tout à fait normal qu’elle tienne de tels propos. Mais ça m’a déprimée au possible et j’ai laissé ce livre de côté, peut-être pour une autre fois… En attendant j’ai préféré me plonger dans un livre à l’écriture plus vive, plus inventive et plus drôle, et écrit par une femme nom d’un chien !

517o7SttUOL._SX351_BO1,204,203,200_.jpg     J’ai donc lu A cause de la vie une fiction/bd sortie en 2017 et écrite par Véronique Ovaldé et ponctuée des illustrations de Joann Sfar, un type que j’aime très fort et qui me fera surement un jour mourir de rire.

Je suis très heureuse de te parler de ce coup de cœur que j’ai dévoré en une matinée – et quel bonheur parfois de dévorer ! A cause de la vie est une plongée dans l’univers décalé d’une jeune fille au nom trop banal de Nathalie, qui préfère qu’on l’appelle Sucre de Pastèque, et qui est atteinte d’une maladie grave: le spleen adolescent. C’est le début des années 90, Sucre de Pastèque se déchaîne au son des cassettes des Smith et de Cindy Loper, pleure avec délectation, boit du chocolat et s’ennuie beaucoup dans son appartement bourgeois parisien où elle vit seule avec sa mère. Un jour, Eugène, son voisin du dessus, un jeune garçon bégayeur et très timide frappe à sa porte. Tout de suite, il tombe sous le charme de la belle au peignoir Demonius et à l’air désinvolte. Nathalie va faire de lui son chevalier courtois et lui lancer toutes sortes de défis improbables.

Ce conte pour adulte est d’une fantaisie et d’une inventivité folles. L’imaginaire foisonnant et subtil de Véronique Ovaldé mélangé à l’humour et la finesse des traits de Joann Sfar forment un ensemble étrange et truculent qui m’a vraiment séduite. L’histoire est avant tout un très beau et très drôle témoignage de l’adolescence et de ses vicissitudes. La mélancolie de Sucre de Pastèque nous rappelle un peu la notre et nous fait sourire avec tendresse. A l’école, on l’appelle « l’Etre supérieure » et elle est persuadée que tous ses petits camarades sont des nuls. Seule l’étrangeté et la sensibilité d’Eugène arrivera à briser l’apparente indolence de cette jeune fille au teint bleu et aux lèvres rouge vif. Je te conseille donc chaudement de lire cet OVNI tendre et délicieux.

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Shane.

Féminisme et sorcières face à la récupération capitaliste

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Cet article va certainement tomber comme un cheveu sur la soupe, un pavé dans la mare ou un chien dans un jeu de quilles. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’exprimer mes convictions, mes réflexions politiques et sociétales… mais le sujet me trotte dans la tête depuis un moment alors voilà ! Je tiens tout de même à préciser que je n’ai sans doute pas le vocabulaire approprié ou que mes réflexions ne seront pas aussi futées et poussées qu’un documentaire d’Arte ou un article du Monde mais bon je mets mon regard à contribution et si cela nous amène toi et moi, à discuter, échanger et réfléchir ensemble, je suis contente.

Commençons par une note pas très joyeuse. Si l’on pense à tous les mouvements de contre-culture – alternatifs et contestataires – depuis les années 50, on se rend compte alors d’un truc affolant: ils ont tous été récupérés par le capitalisme. Autrement dit, la valeur subversive, militante et artistique de chacun de ces mouvements a été transformée, métamorphosée, travestie en une valeur marchande, c’est-à-dire en objets de consommation. Chaque mouvement de contre-culture se réduit à un look récupéré en grande partie par le capitalisme. Début des années 70, la musique hippie devient un business comme un autre. Dans les années 80 on peut acheter un t-shirts Sex Pistols tout en votant à droite. Années 2000, les jeans sont soigneusement troués par les grandes marques de prêt-à-porter et si ce n’était que ça…

Mais est-ce que je ne mélange pas tout ? Non, car même si l’on parle de mouvements très variés ils ont tous un point commun: le besoin de s’émanciper des normes. Et le processus de récupération de chacun de ces mouvements au profit des grandes industries est le même. Résultat: l’émancipation voulue n’évolue pas et le mouvement perd de sa valeur intrinsèque.

Et maintenant le problème continue. J’ai vu dernièrement dans la vitrine d’une marque très connue que je ne citerai pas un t-shirt sur le quel il est écrit en gros caractère « Feminist ». Il n’y a vraiment aucune limite à la société marchande. Maintenant tu peux revendiquer ton féminisme en achetant un t-shirt fabriqué en Chine, en Inde ou au Bangladesh… C’est fou quand même, grâce au business de la misère on peut crier haut et fort son féminisme. Qu’on ne vienne pas me dire qu’en achetant un t-shirt on renversera le patriarcat…

Encore autre chose… Telle la petite araignée blogueuse que je suis, je surfe beaucoup sur la toile. Et depuis quelque temps, un truc très chouette attire mon attention.  Vous l’avez certainement remarqué que le mot sorcière est dans toutes les bouches. Surgit notamment la puissance féministe du personnage de la Sorcière. Revendiquer la sorcière comme figure féministe, ça me plaît et c’est une très bonne chose ! A la fois d’un point de vue purement militant – la sorcière est une femme avant d’être mère, elle est indépendante, puissante, elle assume sa jeunesse, sa vieillesse et sa sexualité. Mais aussi d’un point de vue écologique. Guérisseuse, la sorcière se positionne par rapport à la nature. C’est-à-dire qu’elle prend en compte l’environnement autour d’elle, elle a conscience qu’elle est un maillon parmi d’autres qui forment une grande chaîne, la fameuse chaîne de la biodiversité. Ce rapport à la nature est totalement opposé à celui du capitalisme où nature et culture sont divisées et où l’homme se place au-dessus de la nature dans laquelle il puise inlassablement pour subvenir à ses désirs (qui vont bien au-delà de ses besoins.)

Cette conception de la nature et de la femme qui s’y inscrit nous renvoi à l’écoféminisme, un mouvement très intéressant qui considère que « destruction de la nature et oppression des femmes sont liées ». Militer contre le patriarcat va avec militer pour l’écologie… Cela donne à réfléchir… En tous les cas, personnellement ça me plaît bien! J’en reparlerai.

Revenons à nos balais ! On voit bien que la sorcière est TOUT SAUF capitaliste. C’est donc particulièrement exaspérant de voir une récupération commerciale d’un mouvement qui revendique une émancipation et un rapprochement de la nature. On peut prendre l’exemple de Sephora et son « kit pour sorcière débutante » mais il y en a tant d’autres… Le mouvement witchy n’est-il donc qu’une mode qui passera au bout de quelques années ? Ce serait extrêmement dommage. Car se nommer sorcière comme nous invite à le faire Starhawk (une écrivaine militante et écoféministe)  c’est revendiquer son droit d’être puissante et indépendante. En tant que femme, je pense que nous avons besoin de cette image pour se retrouver, se découvrir, aimer notre corps, vivre notre sexualité et nos désir comme on l’entend et cela dans une pleine conscience de la nature qui nous entoure. Alors ne faisons pas les mêmes erreurs que les hommes et ne laissons pas un symbole qui va au-delà d’un simple mouvement de mode dans les griffes de la société marchande.

• pour en savoir plus sur l’écoféminisme: https://reporterre.net/Emilie-Hache-Pour-les-ecofeministes-destruction-de-la-nature-et-oppression-des

• un article simple et très bien fait d’une connaisseuse sur la mode witchy et ses conséquences: http://www.equinox-blog.net/2018/09/la-sorciere-est-elle-a-la-mode.html

« Et si les sorcières renaissaient de leurs cendres ? » Télérama

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